Paul Hermann, instituteur aux Avirons, Officier d'Académie, Chevalier du Mérite agricole, membre de l'Académie de La Réunion, s'est distingué par ses travaux sur l'histoire et le géographie de La Réunion.
Paul Hermann

Paul Hermann

Paul Hermann est né à Saint-Pierre le 25 juillet 1878. Il a été nommé instituteur aux Avirons en octobre 1914. Détaché pendant un an au Lycée Leconte de Lisle de Saint-Denis, il est réintégré aux Avirons en septembre 1925 comme directeur de l'école des garçons. Il a pris sa retraite en 1931 dans sa petite propriété située au Tévelave.

Sa femme et quatre de ses cinq enfants ont travaillé dans l'enseignement.

Bourreau de travail, d'une grande moralité et d'une grande conscience professionnelle (il est considéré comme un "excellent maître" par ses supérieurs), Paul Hermann avec son "ombrageuse sus ceptibilité" et son esprit intransigeant, a entretenu des rapports hostiles avec les différents maires des Avirons au point qu'il se fera rappeler à l'ordre à plusieurs reprises par ses supérieurs.

Le 30 mars 1920, Théophile Gautier, chef de Service de l'Instruction primaire lui écrit : "J'ai l'honneur de vous faire part du désir de M. le Gouverneur, qui est aussi le mien, de voir s'établir entre M. le Maire des Avirons et vous des relations normales. L'état d'hostilité, tantôt déclarée, tantôt latente, qui règne entre vous et lui, est préjudiciable à l'école et porte atteinte au principe d'autorité."

Pour Paul Hermann cependant, ces relations étaient "exactement celles entretenues par les instituteurs créoles avec les maires réunionnais". Le 22 septembre 1925, la lettre qu'il adresse au gouverneur résume bien son état d'esprit : "Maîtres et parents m'ont appris à combattre le méchant, désigner l'égoïste, confondre l'hypocrite, mépriser la canaille. Je ne me prosterne pas devant l'argent ; je ne connais que mon devoir. S'il m'est arrivé peut-être de me tromper, je n'ai du moins jamais agi de mauvaise foi. Je n'aime pas la guerre mais je ne la fuis pas. Je veux la paix, mais la paix qui ne soit pas celle du lâche. Je ne suis pas combatif, je ne suis qu'intransigeant."

II est l'auteur de "Histoire et géographie de La Réunion au Cours Moyen", "La Réunion au Cours élémentaire" et de nombreuses cartes de La Réunion et de Maurice. Passionné par les abeilles qu'il a introduit au Tévelave, il a écrit un traité intitulé "Apiculture pratique aux Colonies tropicales".

L'indifférence qui accueille son oeuvre lui attire en mars 1931 les réflexions suivantes : "...le dégoût a plus ruiné ma santé que l'effort dépensé par un parfait professeur de haute morale. J'ai été invité et encouragé par mes chefs (...) à produire classiques et cartes pour nos écoliers dépourvus ; et quand classiques et cartes, les prémices, paraissent, le boycottage systématique, triomphant, avec un ensemble quasi-maçonnique les accueille."

Son travail ne lui a apporté ni la richesse, ni la reconnaissance de ses contemporains. Peu encouragé par la mauvaise volonté des directeurs d'école, il devra supporter les frais de publication de ses livres, ce qui le conduira à "hypothéquer le patrimoine" de ses enfants.

Paul Hermann est mort en 1950. Une plaque commémorative a été inaugurée le 7 décembre 1954 par Paul Berg qui lui a rendu un hommage au nom de l'Académie de La Réunion.

Grand observateur de son époque, il a dressé, dans de nombreux rapports au chef de l'Instruction publique, un bilan sombre de l'état sanitaire de la commune qu'il jugeait médiocre et en constante dégradation. Dans son ouvrage intitulé "La Réunion au Cours élémentaire", publié en 1924, il consacre toute la rubrique sur les Avirons à parler de l'insalubrité et de la mortalité qui touchent la commune, dues selon lui à une déforestation abusive.

Il est à souligner qu'au début de XXe siècle, La Réunion connaît une recrudescence de maladies telles que l'influenza, dangereuse grippe qui apparaîtra sous la forme encore plus mortelle de grippe espagnole en 1919-1920, le paludisme, la typhoïde, les maladies respiratoires, etc., qui entraînent une forte mortalité, très accentuée chez les enfants.

La fille aînée de Paul Hermann fut elle-même atteinte de typhoïde en novembre 1925.

Le 23 novembre, dans une lettre au chef de service, il remarque que "Typhoïde, typho-malaria ou rémittente battent leur plein. L'édilité ne s'en émeut pas ! Nouveaux décès impressionnants, d'autres imminents, plusieurs dans la même famille ; le 18 novembre : 6 décès, alors que les Avirons n'en enregistraient qu'un à peine toutes les quinzaines."

Augustin Dupont avait imputé ses fièvres à la contamination des sources de la commune : "...l'apparition de fièvres paludéennes (...) ainsi que plusieurs cas de typho-malaria (...) m'inquiète encore : jamais notre état sanitaire n'a été plus mauvais. Je me demande donc si l'eau (...) ne serait pas une des causes de cette recrudescence de fièvres jusqu'à lors inconnues ?"